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Bienvenue / L’église Saint Antoine

De l’abbaye à aujourd’hui

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L’abbaye Saint-Antoine des Champs

Avant la Révolution, le 12ème arrondissement appartient à la paroisse Saint-Paul puis à Sainte-Marguerite. Mais deux établissements possédaient le privilège d’exercer la cure d’âme sur leurs familiers : l’abbaye de moniales cisterciennes de Saint-Antoine des Champs, fondée au début du XIIIème siècle et l’hospice des Quinze-Vingts, fondation de saint Louis pour héberger 300 aveugles, transférée en 1780 dans la caserne désaffectée des mousquetaires noirs, œuvre de Robert de Cotte. Ce nom de quinze-vingts correspond au nombre de lits (15 fois 20 lits = 300) voulu par St Louis pour accueillir 300 aveugles (aujourd’hui, cet hôpital est le Centre hospitalier national des Quinze-Vingts).

L’abbaye fut supprimée en 1790 et le monastère affecté à l’hôpital Saint-Antoine en 1795. La nouvelle paroisse Saint-Antoine des Quinze-Vingts, créée le 4 février 1791, reçoit comme lieu de culte l’abbatiale, mais la vente de l’abbaye comme bien national en 1798 et la démolition de l’abbatiale laissent la paroisse sans lieu de culte.

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Chapelle des Quinze-Vingts

Le Concordat de 1802, qui place le culte sous l’autorité de l’Etat, attribue provisoirement à la paroisse la chapelle de l’hospice des Quinze-Vingts, qui a l’honneur de recevoir le pape Pie VII, le 18 février 1805. Lorsque cette maison d’accueil des aveugles, réorganisée par Bonaparte en 1800, deviendra hôpital ophtalmologique (1873-1880), elle conservera cette fonction ancienne d’accueil.

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Visite de Pie VII
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Insurrection au Faubourg Saint Antoine
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Mgr Affre sur les barricades (juin 1848)

La chapelle de l’hospice a simultanément servi d’église paroissiale un siècle durant, jusqu’à la construction de l’église qui fut achevée en 1903 et consacrée le 11 novembre 1909. Dans ce quartier pauvre et réputé insurrectionnel au XIXème siècle, parmi les événements révolutionnaires qui ont agité le Faubourg Saint-Antoine, notons les émeutes de juin 1848. Alors que la troupe et les révoltés s’affrontent sur les barricades, l’Archevêque de Paris, Monseigneur Denys Affre, tente une conciliation. Il est abattu à l’entrée de la rue du Faubourg Saint-Antoine et transporté chez le curé aux Quinze-Vingts, il meurt deux jours après. Le revers de son étole et un fragment de l’enveloppe de son matelas, tachés de sang sont toujours conservés dans notre église.


Chronologie de la paroisse

La paroisse Saint-Antoine des Quinze-Vingts au fil du temps

1204, Le refuge pour filles, fondé vers 1190 par Foulques de Neuilly, est érigé en abbaye par l’évêque de Paris, Eudes de Sully. En 1206, la nouvelle abbaye, située alors dans la paroisse Saint-Paul, est incorporée à l’ordre de Cîteaux, et bénéficie désormais du privilège de l’exemption. L’abbaye entre très vite sous la protection royale : en 1215, Louis VIII fait don des terrains voisins, et, en 1227, saint Louis confirme les privilèges de la maison qui est qualifiée d’abbaye royale.

1215, À l’issue d’un conflit qui oppose les religieuses au curé de Saint-Paul, le desservant de la chapelle des religieuses reçoit l’exercice des droits curiaux sur l’enclos conventuel, mais aussi sur les domestiques et sur les laïcs qui y sont établis. La chapelle Saint-Pierre, construite à gauche de l’entrée principale en bordure de la route dans les années 1210-1211, aux frais de Robert de Mauvoisin, qui y fit élection de sépulture, sert d’église paroissiale pour l’enclos jusqu’à la Révolution. C’est dans cette chapelle que les corps des rois et reines de France étaient déposés, après leur décès à Vincennes, avant d’être transportés pour un service solennel à Notre-Dame puis à Saint-Denis.

1233, 2 juin, consécration de l’église abbatiale, placée sous le vocable de la Vierge et de saint Antoine, par l’évêque de Paris Guillaume d’Auvergne, assisté des évêques de Cambrai et de Meaux, en présence des évêques de Chartres, de Noyon, de Soissons, de Senlis et de Châlons, mais aussi du roi Louis IX (saint Louis), de sa mère Blanche de Castille, et de son épouse Marguerite de Provence.

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Bataille du faubourg Saint Antoine

1652, 2 juillet, bataille du faubourg Saint-Antoine Pendant la Fronde, l’armée royale, menée par Turenne, affronte l’armée des princes, menée par Condé. Une batterie de canons a foudroyé les troupes de Condé depuis Charonne. Le désastre s’annonce mais la duchesse de Longueville, montée sur la Bastille pour galvaniser les troupes frondeuses, fait retourner les canons contre l’armée royale, dont un rang de cavalerie est emportée. Le prince de Condé se réfugie à Paris. Mais les bourgeois parisiens choisiront de soutenir le roi.

1653, 12 février, bénédiction solennelle comme abbesse de Madeleine Molé, issue d’une grande famille de magistrats.

1657, privilège royal autorisant les artisans du Faubourg à travailler sans lettres de maîtrise ni contrôle des corporations.

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Madame d’Aligre

1674, création par Mme d’Aligre, abbesse de Saint-Antoine, de l’hospice des enfants-trouvés.

1725, 14 juillet, pillage des boulangeries du faubourg par la population affamée.

1777, 17 février lettres-patentes du roi autorisant l’installation d’un marché sur le terrain vendu par l’abbaye. Il est construit en 1789 sur les dessins de l’architecte Lenoir. D’abord appelé « marché Saint-Antoine », il prend par la suite le nom de « Beauvau », en l’honneur de la dernière abbesse, la princesse Gabrielle-Charlotte de Beauvau-Craon (abbesse de 1760 à 1790).

1780, déménagement de l’hospice des Quinze-Vingts dans l’ancienne caserne des Mousquetaires noirs.

1790, 13 février, suppression des ordres contemplatifs et de l’abbaye Saint-Antoine par l’assemblée constituante.

1791, 4 février, création de la paroisse Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts dans l’abbatiale.

1793, la chapelle de l’hospice des Quinze-Vingts est louée à un marchand de charbon.

1795, 17 janvier, création de l’hospice de l’Est ou hôpital Saint-Antoine dans les bâtiments de l’abbaye.

1796, fermeture de l’abbatiale, mise en vente par le décret du 3 Vendémiaire an V et démolition des bâtiments.

1798, 12 juillet, vente des terrains de l’abbaye en cinq lots, ouverture des rues actuelles de Chaligny, de Cîteaux, Crozatier et du boulevard Diderot.

1799, reprise du bail et restauration de la chapelle des Quinze-Vingts par l’abbé Dubois.

1800, réorganisation de l’hôpital des Quinze-Vingts par Bonaparte.

1800, 3 mai, bénédiction de la nouvelle chapelle de l’hospice des Quinze-Vingts.

1802, Rétablissement du culte catholique après le concordat.

1802, 7 mai, (17 Floréal an X). Claude Charles Deligny Laquesnoy est nommé curé de Saint-Antoine. La paroisse partage la chapelle de l’hospice des Quinze-Vingts avec l’hôpital.

1804-1815, François-Michel de La Planche, curé de Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts.

1805, 18 février, visite du pape Pie VII à la chapelle.

1809, 12 octobre, un arrêté du préfet de la Seine stipule que la ville de Paris loue officiellement la chapelle de l’hospice pour abriter provisoirement le culte paroissial.

1818-1823, La paroisse reste sans curé et manque de disparaître

1830, 28 juillet, Révolution de juillet, violents combats.

1831, 27 juillet, Pose de la première pierre de la colonne de Juillet par Louis-Philippe, les morts de juillet resteront gravés sur le bronze.

1840, 4 septembre, émeute dans le quartier des Quinze-Vingts.

1847-1853, construction de la première gare de Lyon.

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Funérailles des victimes de février 1848

1848, 26 février, émeutes et proclamation de la République. 4 mars, transfert des cendres des victimes de la répression dans les caveaux de la colonne de la Bastille après des funérailles grandioses à La Madeleine.

1848, 23 juin émeute des quartiers ouvriers, 65 barricades sont dressées au faubourg Saint-Antoine. Le pouvoir exécutif est confié au général Cavaignac.

1848, 25 juin, en s’interposant entre les émeutiers et la troupe, l’archevêque de Paris, Mgr Affre est mortellement blessé et transporté au presbytère, rue de Charenton.

1850, 19 mai, inauguration de la prison Mazas, une prison modèle, qui abritera nombre de prisonniers politiques.

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Coup d’Etat du 2 décembre 1851

1851, 2 décembre, coup d’État qui mène au second Empire. Le lendemain, le député Baudin est tué sur une barricade.

1856, 23 décembre, bénédiction de l’église Saint-Eloi.

1870, 4 septembre, proclamation de la République. Paris assiégé par les Prussiens puis Commune.

1880, 9 mai, pose de la première pierre de l’hôpital ophtalmologique des Quinze-Vingts.

1881-1898 on adjoint à la chapelle des Quinze-Vingts une chapelle dite des catéchismes et une chapelle de la Vierge, pour élargir l’espace attribué à la paroisse.

1895, on décide de détruire la prison Mazas et d’agrandir la gare de Lyon (inaugurée en 1901).

1898, L’archevêque de Paris, le cardinal Richard, désigne l’abbé Rivière comme curé. Le Conseil de Paris s’oppose à la cession d’un bout du terrain de la prison car ce serait « remplacer la prison des corps par la prison de la pensée ».

1898, L’achat d’une usine au centre du territoire paroissial est possible.

1898-1901, L’abbé Rivière trouve les 400 mille francs nécessaires à l’achat. La Société civile d’Aligre est constituée et le terrain est acheté.

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Projet de façade av. Ledru-Rollin (1900)
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Projet côté rue Traversière (1900)

1900, 15 décembre, Remise du dossier de construction.

1901, 12 janvier, Avis favorable de l’archevêque.

1902, 21 février, arrêté préfectoral : l’église reste la propriété de la ville de Paris.

1902, 17 juin, Pose de la première pierre de « la première église du siècle », construite sur les plans d’Émile Vaudremer, architecte de Saint-Pierre de Montrouge (1862), puis de son élève Lucien Roy. On commande seulement les travaux de la façade principale et de la nef jusqu’au chœur et du clocher jusqu’à l’étage du beffroi.

1903, 28 décembre, Bénédiction de l’église, qui peut accueillir 5000 personnes aux messes du dimanche.

1905, Création du patronage du Chantier par l’abbé Rivière et l’abbé Poivrel.

1909, création de l’Institut Saint-Pierre-Fourrier.

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Crue de 1910

1910, 20 janvier-5 février crue exceptionnelle de la Seine, toute la paroisse est sous les eaux.

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Mgr Amette bénit la nouvelle chapelle du Chantier

1910, 9 juin, visite pastorale par Mgr Amette.

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1er janvier 1911

1920, Transformation du théâtre François Coppée en chapelle des catéchismes (4H)

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Ancien Maître-Autel (jusqu’en 1960)
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Nouvel autel (1961)

1961, Réaménagement du chœur de l’église.

1982, Association du jumelage paroissial -Saint Antoine des Quinze-Vingts à Paris - Sainte Marguerite de Nowy-Sacz en Pologne -baptisée AJUPAM.

1982, 26 mars - 19 avril, hospitalité est donnée aux marchands ambulants Maghrébins et Égyptiens en situation irrégulière, dans la crypte de l’église.

1990, à l’initiative du père Mollat du Jourdin ,après une année d’hospitalité du catéchuménat de Saint-Ambroise dans le 11ème, une équipe autonome se crée à Saint-Antoine.

1991, 10 octobre, création de l’Aumônerie Paul Verlaine (enseignement public) par le père Mollat et l’abbé Hubert Blin, la première présidente est Janine Heduy.

1990, Éric Lebrun est nommé organiste titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de notre église.

1991, Toute la paroisse est à Ecoublay. Naissance des Chœurs de Saint-Antoine et de nombre d’autres groupes.

Les curés de Saint-Antoine depuis un siècle :

1898-1906, abbé Rivière.
1906-1915, abbé Lenfant.
1915-1920, chanoine Fontaine.
1920-1934, chanoine Aigouy.
1934-1952, abbé Albinhac.
1952-1955, chanoine Lacointe.
1955-1973, abbé Ronco.
1973-1983, abbé Jaffray.
1983-1989, abbé Lefranc.
1989-1996, abbé Bernard Mollat du Jourdin.
1996-1998, chanoine Bernard Violle.
1998-2007, Mgr Yves de Mallmann.
2007-2014, abbé Philippe Dumas.
2014- , abbé François Lainé


Les 100 ans de l’église Saint Antoine

Quand le XIIème entrait dans la modernité : l’église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts a cent ans.

Le 28 décembre 1903, la bénédiction de l’église paroissiale, qui restera en construction jusqu’en 1909, concrétisait l’espoir de développement des faubourgs de l’Est parisien. Cette fête concluait en effet un long siècle d’attente pour les fidèles et elle inaugurait leur entrée de plein pied dans la modernité urbaine et parisienne. C’était une Belle Époque, laborieuse et dure aux plus faibles, mais c’était enfin un temps où échapper à la misère devenait possible. Grâce à ses petits artisans émergeant vers l’aisance, cette pauvre paroisse de faubourg avait réussi à financer la construction d’un beau bâtiment : si l’inondation de 1910 a fait tant de mal (la moitié du 12ème et un quart du 11e étaient sous les eaux) c’est qu’il y avait cette fois beaucoup à perdre. L’inondation eût été moins grave un siècle auparavant, quand le faubourg sortait économiquement exsangue de la Révolution. Les inondations ne balayaient depuis des siècles que des chantiers, des entrepôts et de pauvres baraques. Autant dire que les habitants surpris par la montée des eaux pouvaient faire rapidement leurs paquets.

C’est la Révolution qui a créé les paroisses actuelles, le 4 février 1791. L’immense paroisse de Sainte-Marguerite fut amputée des territoires dévolus à Saint-Antoine, avec l’abbatiale, et à Notre-Dame de Bercy, avec l’église des Pères de la Doctrine chrétienne. Mais la démolition de l’abbaye, après 1796, privait Saint-Antoine de son bâtiment, et les fidèles furent provisoirement hébergés avec les aveugles des Quinze-Vingts lors de la reprise officielle du culte, en 1802. Ces trois paroisses furent créées sur ce qui n’était encore qu’un glacis entre les enceintes de Philippe Auguste et des Fermiers généraux. Depuis un siècle, ce faubourg devenait pour les provinciaux fraîchement débarqués un foyer bon marché et un inépuisable réservoir d’emplois. La précarité, l’exploitation, l’insécurité, mais aussi la solidarité entre originaires des provinces, la confiance mutuelle entre artisans de métiers non contrôlés et la tolérance entre voisins (catholiques et protestants se côtoient sans s’étriper) ont créé un milieu politique fragile, un environnement propice à tous les soulèvements et à tous les radicalismes utopistes et désespérés, mais ouvert aussi à toutes les aventures de l’action sociale. En 1848, Frédéric Ozanam et ses amis conseillaient à l’archevêque de Paris rouergat, Mgr Affre, d’évangéliser ce quartier et celui-ci est mort, le 27 juin, d’avoir voulu éviter un bain de sang entre insurgés et soldats.

La paroisse Sainte-Marguerite accueillait en principe tous les paroissiens de son territoire depuis sa fondation, en 1625, sous la tutelle de celle de Saint-Paul ; mais en fait, privilèges d’Ancien Régime aidant, des parties entières du territoire échappaient au curé : les « hôpitaux » (qui accueillent et nourrissent avant de soigner) comme celui des enfants trouvés puis celui des Quinze-Vingts, la célèbre fondation de saint Louis, transportée dans la caserne désaffectée des mousquetaires noirs en 1780, sur ordre de Mgr de Rohan et dans des circonstances financières douteuses. Mais échappaient aussi à la paroisse les terrains, de plus en plus convoités par la spéculation, de l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs. C’était le point fort de tout le quartier, qui avait à plusieurs reprises, de la guerre de Cent ans aux Guerres de Religion et à la Fronde, subi les effets dévastateurs de sièges mémorables. Chaque fois, il avait fallu reconstruire et sécuriser chemins et dépôts puis attirer les populations enfuies. C’est qu’entre la Seine, le grand chemin de Charenton et le chemin royal de Vincennes (le seul pavé avant le XVIIe siècle), l’activité était indispensable à la grande ville, dont la population avoisinait déjà 400 000 habitants au XIVème siècle.

En 1204 l’évêque de Paris, Eudes de Sully, décida la fondation de l’abbaye, sur un refuge de prostituées converties (entre autres) et l’incorpora à l’ordre de Cîteaux en 1206. Idéalement placé, le nouvel établissement de filles (rare encore au Moyen Age) devenait un haut lieu de la noblesse, très vite protégé par saint Louis et ses successeurs. L’abbatiale, consacrée en 1233, laissait résonner sous ses voûtes gothiques, considérées comme les plus belles de Paris, les voix du grégorien et des sermons, tantôt mondains et tantôt dévots. Si les paroissiens de l’abbaye, cantonnés à la chapelle Saint-Pierre, n’en entendaient que des bribes, ils ont été assez marqués par leur grandeur pour en conserver la mémoire dans le nom de la paroisse moderne, bien après les destructions.

Les hôpitaux et les écoles sont toujours là, les artisans et les émigrés aussi, même si leur présence s’estompe. La mémoire chrétienne est-elle encore vivante ? Il suffit d’ouvrir les yeux : les noms, les lieux& les hommes parfois, parlent encore chrétien. De la conviction de leur utilité au service des nouveaux problèmes d’existence de nos contemporains dépend notre histoire future.

Nicole Lemaitre

La paroisse a fêté le centenaire de son église

Ainsi vont le folklore et les traditions qui associent à Saint Roch son chien et à Saint Antoine un cochon ! Aisément, nos compatriotes confondent notre ermite d’Égypte (+356) avec LE Saint « de Padoue » (en réalité né à Lisbonne, invoqué lorsqu’on a perdu quelque chose) mais chacun connaît le célèbre cochon totalement ignoré au Moyen-Orient, où pourtant, on vénère avec ferveur Saint Antoine le Grand !

Si d’aventure vous avez visité Colmar, vous n’avez pas manqué d’y admirer le célèbre retable d’Issenheim, sur lequel Antoine figure en bonne place auprès des malades atteints du « mal des Ardents » auxquels l’S-uvre était destinée. A les soulager, les moines de l’Ordre hospitalier de Saint Antoine ont consacré leur vie durant cinq siècles, à travers l’Europe entière. A chaque « hôspitalerie » était attaché un élevage de porcs destiné à rendre des forces à des malades avant tout sous-alimentés ; d’où la présence de cet animal aux côtés du grand Saint dont la figure est, par ailleurs, bien peu connue en Occident, si ce n’est à Saint Antoine -l’Abbaye en Isère, berceau de l’Ordre antonin d’Europe.

Moderne, Saint Antoine l’est plus qu’on ne le croit, même si ces célèbres « Tentations » illustrées par Jérôme Bosch, tendraient à le repousser dans un univers fantastique quelque peu moyenâgeux. Relisons Saint Athanase :

« Le Seigneur n’oublia pas le combat d’Antoine, mais lui porta secours. Levant les yeux, Antoine vit le toit comme ouvert et un rayon de lumière descendre jusqu’à lui. Les démons avaient disparu, la maison était de nouveau intacte. Antoine interpella la vision : « Où étais-tu ? Pourquoi n’as tu pas paru dès le commencement pour faire cesser mes douleurs ? » Une voix se fit entendre : « J’étais là, Antoine, j’attendais pour te voir combattre. Puisque tu as tenu, tu n’as pas été vaincu, je serai toujours ton secours et je te rendrai célèbre partout ».

Chaque année, la fête de Saint Antoine patron de la paroisse, est l’occasion de rassembler la communauté d’une manière un peu exceptionnelle : c’est dans la nef, aménagée à cet effet par les équipes jeunes couples, que se tient le banquet de Saint Antoine autour du célèbre cochon, préparé spécialement par un boucher du marché d’Aligre tout proche.

Les festivités cette année ont été rehaussées par deux événements : l’inauguration de trois nouveaux vitraux d’abord, la bénédiction de l’orgue restauré ensuite.

Entièrement financés par les paroissiens qui ont accepté d’y souscrire, la conception de ces vitraux éclairés au dessus du chS-ur, est le fruit d’une concertation de près de deux ans. Réalisés par les Ateliers du Maitre-Verrier Duchemin, à Paris, ils sont destinés à soutenir, par le jeu des couleurs, la rosace qui les surplombe. Enfin, ils sont un petit signe de reconnaissance des paroissiens d’aujourd’hui à l’égard de leurs aînés qui ont construit l’église, et de leurs descendants qui continueront à la faire vivre !

Comme il ne faut jamais laisser passer l’occasion de faire la fête, la restauration complète de l’orgue Cavaillé-Coll que l’ église est fière de posséder, a donné lieu à deux magnifiques concerts auxquels ont pris part différents organistes européens de renom, parmi lesquels Emmanuel Pottier et Emmanuel Hocdé, respectivement organistes de l’Immaculée Conception et de Saint Éloi.

Un livre est paru, qui retrace l’histoire des orgues de Saint Antoine, et fourmille de détails inédits qui intéresseront autant le spécialiste des orgues que l’habitant du quartier ! (disponible à l’accueil de la paroisse : 15€).

Père Yves de MALLMANN.


L’orgue Cavaillé-Coll

Le grand-orgue

Origine
Cet orgue fut construit par le fameux facteur d’orgues, Aristide Cavaillé-Coll, en 1894, pour le Baron de l’Epée, riche amateur de musique qui désirait jouer chez lui, dans le vaste auditorium qu’il avait fait aménager, de la musique de Richard Wagner. Avec ses 2800 tuyaux, dont le plus grave mesure plus de 5 m. de haut, l’instrument possède la puissance des cuivres wagnériens jointe à la subtilité des cordes et des bois.

Lorsque Cavaillé-Coll disparaît en 1899, on élabore les plans de l’église Saint-Antoine, de style néo-roman, située entre la rue Traversière et l’avenue Ledru Rollin. En 1907, le Comte Christian de Bertier de Sauvigny rachète au Baron de l’Epée le grand orgue de son salon de musique du 55 avenue des Champs-Elysées et décide de le faire installer dans l’église Saint Antoine achevée depuis 1903.

Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899), facteur d’orgues, quitta le Sud pour “ monter ” à Paris fonder sa propre société, rue Notre-Dame de Lorette, car il venait de remporter sur concours les importants chantiers de la Basilique Saint-Denis et de Notre-Dame-de-Paris, y apportant des innovations techniques marquantes.

En 1840, le progrès de la technique aidant, l’orgue se veut l’égal de l’orchestre : aux timbres anciens, cromorne, musette, larigot, succèdent flûtes, hautbois et bassons, évoquant un autre monde. Il devient le propagateur de l’orgue symphonique. Il faut dire qu’il avait “ sa ” technique de travail et dirigeait 400 ouvriers accomplissant toujours la même tâche, devenant ainsi terriblement compétents et rapides ; cela permettait de produire environ dix orgues par an alors qu’un seul homme met plusieurs mois à en réaliser un. C’est ainsi qu’à ce jour la qualité de ces orgues est toujours inégalée.

A. Cavaillé-Coll est célèbre dans le monde entier - il exporta vers tous les continents - mais c’est en France qu’il a laissé le plus de chefs-d’oeuvre : à Paris (Notre Dame de Paris, Saint-Sulpice, la Madeleine, Saint-Antoine des Quinze-Vingts, Sainte-Clotilde 1862, dont César Franck fut titulaire ; et l’Abbaye Saint-Denis, 1860), Toulouse (Basilique Saint-Sernin), Rouen et Caen.

Le prestigieux instrument fut monté dans la tribune surmontant le porche de l’entrée principale rue du Faubourg Saint-Antoine par la maison Merklin qui ajouta, au passage, plus de trois cents tuyaux supplémentaires et porta l’ensemble à 48 registres répartis sur trois claviers et un pédalier, sans changer la couleur de l’ensemble ni les éléments fondamentaux de l’orgue.

Cet instrument mondialement réputé devint vite célèbre car les plus grands virtuoses du début du siècle vinrent y donner des récitals : Marcel Dupré, Jean Langlais et Gaston Litaize.

L’instrument

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En quinze ans l’instrument a fait l’objet à deux reprises de travaux de restauration très minutieux de la Ville de Paris, plaçant ce monument au premier plan du patrimoine musical de la ville.

Miraculeusement préservé et très bien restauré en 1983 par J. Barberis, il est l’un des plus purs orgues symphoniques de Paris. En 1992 une commission de facteurs d’orgues suisses est venue mesurer chaque tuyau, la pression exacte de l’air, en vue de réaliser des instruments de même esthétique dans leur pays.

C’est en 1994 que l’orgue a fêté joyeusement son Centenaire par de nombreux et beaux concerts.

Différents organistes ont tenu ces orgues
Le Comte Bertier de Sauvigny, bien sûr, fut nominé organiste titulaire de la nouvelle église, mais refusa, en mécène qu’il était, toute rétribution du clergé, payant lui-même largement ses remplaçants, tous grands maîtres du siècle.

A sa mort, c’est un jeune organiste aveugle, Philippe Rolland, sortant tout juste du Conservatoire, qui tint l’orgue durant 40 ans.

Marcel Pepin, maître de chapelle depuis 1945 et professeur au Conservatoire du XIIème, lui succéda jusqu’en 1990, année où il partagea le poste avec Éric Lebrun jusqu’à son décès en 1993. Yves Rousseau, organiste, joue également lors des offices dominicaux à Saint-Antoine.

Micheline Tissot
(Paris XII, Novembre 2002, n°450)

En avril 2004, le grand-orgue de Saint-Antoine a été entièrement nettoyé et en grande partie restauré.

Les sommiers du grand-orgue et du récit (la partie de l’orgue située sous les tuyaux, et qui contient l’air sous pression) ont été démontés pour être entièrement ré-encollés. Le réservoir (grand soufflet de peau) du clavier de grand-orgue, très usé, a été changé. Le jeu de clairon de 4’, réalisé dans les années 1950 dans une esthétique assez éloignée de Cavaillé-Coll, a été refait dans le style post-romantique. Toutes les soupapes du grand-orgue et du récit ont été recouvertes d’une peau neuve, et les ressorts correspondants tous égalisés. Enfin, l’ensemble de la tuyauterie, soigneusement nettoyée et déposée, a été accordé, et en partie ré-harmonisé en fonction des petites différences de pression résultant des réparations.

Ce très beau travail, commandé par la Ville de Paris, avec le soutien financier de la Paroisse St Antoine, a été réalisé par les ateliers d’Yves Fossaert.

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Console
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Clarinette et voix humaine du récit

Grand-orgue :
Bourdon 16
Montre 8
Bourdon 8
Flûte harmonique 8
Salicional 8
Prestant 4
Flûte octaviante 4
Fourniture III-IV rangs
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4

Positif expressif :
Quintaton 16
Bourdon 8
Violoncelle 8
Unda Maris 8
Flûte traversière 8
Viole de Gambe 4
Cor de nuit 4
Nazard 2 2/3
Octavin 2
Tierce 1 3/5
Piccolo 1
Cor anglais 8
Trompette 8
Clairon 4 Récit expressif :
Cor de nuit 8
Flûte harmonique 8
Gambe 8
Voix céleste 8
Dulciane 4
Fourniture III rangs
Basson 16
Trompette 8
Basson-Hautbois 8
Clarinette 8
Voix humaine 8

Pédale :
Bourdon 32
Flûte 16
Soubasse 16
Flûte 8
Bourdon 8
Violoncelle 8
Flûte 4
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4
Tir I, II et III. II/I, III/I, III/II
octave grave, III/II, tremolo III.


L’orgue de choeur

Il a été construit en 1908-1909 par les ateliers MERKLIN. La traction est mécanique tubulaire. Il a été restauré en 1994 par Yves FOSSAERT qui venait alors d’assurer le relevage du grand-orgue.

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Orgue de chœur

Composition
Grand-orgue :
Montre 8
Flûte 8
Prestant 4
Plein-Jeu III rangs

Récit expressif :
Cor de nuit 8
Gambe 8
Voix céleste 8
Flûte octaviante 4
Trompette 8
Basson-Hautbois 8

Pédale :
Soubasse 16

Maintenance :
Yves FOSSAERT


Bénédiction de l’orgue

Bénédiction de l’orgue de la Paroisse
Saint Antoine des Quinze-Vingts

Dimanche 30 janvier 2005.
C’est au cours de la messe dominicale que Monseigneur de MALLMANN a béni avec toute l’assemblée le Grand-Orgue Cavaillé-Coll qui a été entièrement démonté, nettoyé et en grande partie restauré en 2004

Dieu, qui as rendu l’homme capable d’exprimer par la musique sa joie et sa peine,
nous te prions : daigne bénir cet orgue grâce auquel nos cœurs et nos voix seront davantage unis pour te célébrer.

Daigne aussi bénir tous les musiciens qui le feront sonner : que ton Esprit les inspire
afin qu’ils rendent gloire à ton nom et soutiennent le chant de l’assemblée.

Et comme cet instrument ne fournit qu’une seule musique à partir de la multitude de ses tuyaux et de la richesse de ses timbres, fais de tous les membres de ton Église
un seul peuple, le corps de ton Fils, Lui qui règne pour les siècles des siècles.

Amen.

Dans un grand silence, le célébrant a invité l’orgue à jouer. A chaque invitation, l’organiste, Eric LEBRUN, a répondu par une improvisation qui en illustre le contenu :

Éveille-toi, orgue, instrument sacré : entonne la louange de Dieu, notre Créateur et notre Père. Orgue, instrument sacré, célèbre Jésus, notre Seigneur, mort et ressuscité pour nous. Orgue, instrument sacré, chante l’Esprit Saint qui anime nos vies du souffle de Dieu. Orgue, instrument sacré, élève nos chants et nos supplications vers Marie, la mère de Jésus. Orgue, instrument sacré, fais entrer l’assemblée des fidèles dans l’action de grâce du Christ. Orgue, instrument sacré, apporte le réconfort de la foi à ceux qui sont dans la peine. Orgue, instrument sacré, soutiens la prière des chrétiens. Orgue, instrument sacré, proclame gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Et en conclusion, toute l’assemblée, avec l’orgue, a chanté la gloire de Dieu.


Les vitraux

Les VITRAUX du CENTENAIRE

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Trois nouveaux vitraux ont été inaugurés le 16 janvier 2005 à St-Antoine des Quinze-Vingts (12ème).

L’occasion de visiter l’atelier Duchemin où ils ont été réalisés. Les touristes viennent souvent pour ça, les fidèles aussi : le vitrail reste la star incontestée des églises de France.

Peut-être pour ces illustrations si haut perchées et pour tant si proches pour ces milliers de tessons de verres qui se colorent à la lumière du jour et s’éteignent quand vient la nuit. Cette magie du vitrail est bien vivante aujourd’hui.

Ainsi à Paris, dans le 14ème arrondissement, les ateliers Duchemin perpétuent cet art médiéval depuis cinq générations. Nous les avons visités à l’occasion de leur dernière création : trois verrières pour la paroisse St-Antoine des Quinze-Vingts.
Versailles et les autres

C’est ici, dans un silence que vient à peine troubler l’odeur de mastic, que des vitraux célèbres ont vu le jour : ceux de la cathédrale de Nevers et de Coutances, de l’abbaye de Silvacane. D’autres, usés par le temps, y ont retrouvé une nouvelle fraîcheur grâce à la restauration : ainsi les ensembles des châteaux de Versailles, Chantilly, de la Sainte Chapelle... Il y a aussi les commandes civiles : la coupole d’un hôtel parisien, un hall d’immeuble.

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L’actualité ? Dominique Duchemin, responsable des ateliers, s’attelle aux cartons dessinés pour la cathédrale de Rodez. A côté de ce gros chantier, il y a celui de la paroisse parisienne St Antoine des Quinze-Vingts, mené par sa fille Charlotte, 25 ans. Elle-même a dessiné les verrières. « C’est mon premier chantier religieux, explique-t-elle. L’intérêt fut de travailler avec des paroissiens désireux de suivre le projet. J’ai tenu compte de leurs avis, et modifié mon dessin en fonction de cela. Nous avons choisi des vitraux décoratifs, aux motifs simples, pour ne pas concurrencer les vitraux historiés du l9ème siècle. » Un chantier privilégié si l’on en croit Dominique Duchemin : « Il est de plus en plus rare de travailler directement avec la communauté paroissiale et le curé, pour des raisons d’organisation. Quand il s’agit d’un lieu touristique, peu nous importe, mais dans le cas d’une église, cela est dommageable. Ce n’est pas un lieu neutre. Des gens viennent y prier. »

Claire Folscheid
PARIS-NOTRE-DAME - N°1074 - 13/01/05

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Agenda paroissial
A souligner cette semaine